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Sylvia de Manuel Legris à La Scala

Sylvia arrive à La Scala, avec Manuel Legris

Sylvia – chor. Manuel Legris da Louis Mérante, mus. Léo Delibes

Milan, Teatro alla Scala

Durant les 10 années qu’il aura passées à la tête du Ballet de l’Opéra de Vienne (départ prévu fin 2020), Manuel Legris aura «revisité», avec un grand respect envers la tradition classique, deux œuvres du répertoire: Le Corsaire en 2016 et Sylvia en 2018 qui est rentré au répertoire de La Scala de Milan, où Legris est le nouveau directeur du ballet.
Créé à l’Opéra Garnier en 1876 avec la Milanaise Rita Sangalli dans le rôle principal, ce ballet romantico-académique ne pouvait mieux convenir à un fin connaisseur de l’école classique comme Legris. Il le connaît intimement pour l’avoir étudié sous tous ses aspects et avoir créé le rôle d’Aminta dans la version de John Neumeier en 1997. Mais c’est à la version originale de Sylvia que l’ex-étoile de l’Opéra de Paris s’est attaché, même si à la création, le succès revenait davantage à la musique de Léo Delibes qu’à la chorégraphie de Louis Mérante jugée trop fade.

Legris donne au thème de l’amour contrarié et à son développement une cohérence psychologique en choisissant de rappeler dès le prologue (le plus souvent uniquement musical) le tendre sentiment de la déesse Diane pour le berger Endymion, ce qui la rendra plus compréhensive envers sa chaste nymphe quand il s’agira d’accepter l’amour entre Sylvia et Aminta. 

Même avec un temps de répétitions restreint, le travail avec les danseurs de La Scala s’est avéré positif. Legris a pu admirer la vivacité de leur style et s’est étonné avec plaisir de voir la jeune génération se passionner pour la plus pure tradition classique. De leur côté, les danseurs ont apprécié la disponibilité de Legris qui, en leur montrant souvent lui-même les mouvements, leur a transmis ce qui le caractérisait en tant qu’étoile: l’élégance et la précision du geste. Insistant sur l’expressivité mais aussi sur la pantomime et sur la façon de se tenir en scène, il a obtenu une qualité d’exécution jusque dans les moindres détails.

Nicoletta Manni, dans le rôle de Sylvia, avec Marco Agostino dans celui d’Aminta, ont tous deux prouvé leur bravoure spécialement au troisième acte dans un duo où l’enchaînement de fouettés et pirouettes exige une certaine dextérité. Alessandra Vassallo fait preuve d’une belle prestance et possède l’autorité de la déesse chasseresse, tout comme Gabriele Corrado qui, par ses capacités expressives, rend le personnage négatif d’Orione moins banal et plus complexe. Quant à Mattia Semperboni, servi par un physique d’éphèbe, il interprète Eros avec une distanciation et une virtuosité qui conviennent à son rôle. Les solistes sont entourés d’un corps de ballet qui danse avec allégresse une Sylvia fraîche et naturelle grâce à laquelle Legris prouve qu’il est possible de perpétuer la tradition tout en «suscitant l’intérêt et stimulant la sensibilité».

Sonia Schoonejans

BALLET2000 n°284 - février 2020